Exclusif: pour Anicet Dologuélé le glissement électoral est inévitable

Facebooktwitter
Anicet Dologuélé – Ancien Premier Ministre

C’est d’un ton martial que Anicet Dologuélé donne son point de vue sur le processus électoral en cours,

Dans une interview accordée au quotidien La Plume. L’homme est sceptique, réaliste, dur dans ses propos.

Chef de file de l’Opposition démocratique centrafricaine,

Dologuélé n’est pas passé par 4 chemins dans son analyse.

Selon lui, « le glissement électoral est désormais inévitable« .

Mr. Anicet Dologuélé, Pensez-vous que les élections pourront se tenir le 27 décembre 2020 ?

L’idéal aurait été le respect des dates légales.

Mais l’ampleur manifeste des difficultés d’organisation que rencontre l’équipe actuelle de l’ANE ne me permet pas d’être optimiste.

Notre pays est déjà en lambeaux et une élection bâclée pourrait conduire à l’aggravation de la situation.

L’équipe de l’ANE ne me donne pas l’impression d’être concernée par le devenir de notre pays.

Ces gens-là ne sont intéressés que par l’argent. Comme des mercenaires !

Cela avait déjà été le cas en 2016 et si, en tant que candidat qualifié pour le second tour,

je n’avais pas pris la décision de reconnaître la victoire de Faustin Archange Touadera

malgré les fraudes massives connues de tous aujourd’hui,

la ville de Bangui aurait connu une crise majeure au sortir des dernières élections générales.

Malheureusement, mon geste patriotique a donné naissance à la plus grande mafia de l’histoire de notre pays.

Notre pays est aujourd’hui dirigé par un régime cynique, cupide et brouillon,

qui n’a que du mépris pour la misère, la désolation et la colère de son peuple

et qui veut se maintenir par tous les moyens, y compris en maintenant illégalement

des commissaires de l’ANE acquis à sa cause et en instrumentalisant les groupes armés contre les populations.

Je pense que la Communauté internationale, qui finance presque complètement les élections,

devrait ouvrir les yeux et évaluer le danger de faire du forcing pour respecter à tous prix la date du 27 décembre.

Une perche nous a été tendue par la Cour Constitutionnelle, à travers sa recommandation

d’aller à une concertation nationale pour gérer un glissement qui s’annonce désormais inévitable.

Avec le retour de Bozizé qui avait appelé à voter pour vous au second tour de la présidentielle en 2016, pensez-vous avoir toujours davantage de chances ?

Anicet Dologuélé

L’ancien Président François Bozizé Yangouvonda est également Président du KNK, parti politique membre de la COD-2020.

Vous comprendrez qu’en tant que président en exercice de cette coalition,

je ne puisse pas commenter l’ambition de mes collègues, membres de la Conférence des Présidents de la COD-2020.

Quelle lecture faites-vous de la préparation des élections par le Gouvernement ?

Vous avez suivi la tentative du Président Touadera de modifier la Constitution,

suivie de celle de maintenir « son » équipe de l’ANE.

Cela résume l’état d’esprit du régime MCU qui nous tient lieu de Gouvernement.

Convaincus que tous les centrafricains sont devenus MCU,

ils ont imposés à coup de CFA et de menaces sur les préfets et sous-préfets,

que tous les démembrements de l’ANE, les superviseurs et les agents recruteurs soient des MCU ou supposés MCU.

Vous suivez les trafics d’acte de naissance depuis le début de l’inscription sur les listes électorales.

Et le recrutement de centaines de congolais à qui l’on remet ces faux actes de naissance,

pour en faire des mercenaires votants:

encore un acte incivique du MCU.

Vous suivez les tentatives de faire enrôler des mineurs ou de faire inscrire

les mêmes électeurs dans plusieurs centres : encore le MCU !

Ce Gouvernement a perdu toute légitimité et se montre aussi dangereux que les groupes armés,

en cela qu’il violente les populations avec le même cynisme, même si les armes sont différentes.

Je ne lui fais aucune confiance pour l’organisation de ces élections générales.

Comment se porte votre parti URCA ?

L’URCA a été créé en 2014 et n’a que 6 ans d’existence. Malgré sa jeunesse, il est sans conteste

considéré comme l’un des plus grands partis politiques de notre pays,

alors que la plupart de ses militants, à l’instar de son président, sont à leur toute première expérience de militantisme partisan.

Anicet Dologuélé – Président URCA

Quelques rares cadres avaient déjà transhumé dans un certain nombre de partis avant d’atterrir à l’URCA,

convaincus que le « milliardaire » Dologuélé allait les couvrir de CFA.

S’étant rendus compte du désert que représente la position de parti d’opposition,

ils ont poursuivi leur nomadisme en rejoignant le camp des « bouffeurs »,

lequel camp a organisé la surmédiatisation de ces « démissions »,

pour faire croire à une crise dans l’URCA.

Il a suffi par la suite de donner quelques billets de banque à certains de vos collègues journalistes,

pour avoir des grands titres du type :

« Démission en cascade dans l’URCA ».

Rien que ça !

Le seul récit de ces faits traduit la peur du régime  MCU  face à l’organisation de l’URCA.

Si vous comparez notre parti politique à ceux qui sont considérés comme les plus grands,

à savoir le RDC, le MLPC, le KNK ou le MCU qui se prétend grand alors qu’il peine à se défaire d’une perception de coquille vide,

vous noterez que ceux-ci ont déjà géré le pouvoir d’Etat,

et donc bénéficié de fonds publics et d’adhésion automatiques de certains cadres et agents de l’Etat.

Trois d’entre eux ont même été créés au pouvoir. Ce n’est pas le cas de l’URCA.

Et nous sommes assez fiers de nous être hissés à ce niveau, simplement par la foi et le dynamisme de nos militants.

L’URCA n’est pas seulement un parti jeune, il donne le pouvoir aux jeunes.

Il donne le pouvoir aux femmes.

Il promeut la modernité et le débat d’idées, combat le tribalisme et le régionalisme.

Nos résultats aux dernières élections générales est le meilleur témoignage de l’organisation et de l’ambition du parti.

Dans quelques semaines, nous organiserons notre deuxième congrès ordinaire.

Nous nous mettrons alors en ordre de bataille pour les prochaines élections générales.

L’élection présidentielle est une échéance majeure. Quel message avez-vous pour les centrafricains ?

Il y a comme une indifférence de nos populations, complètement désabusées, face à leur inscription sur les listes électorales.

Cela m’inquiète beaucoup, car seul le vote du plus grand nombre peut nous sortir

du gouffre dans lequel nous plonge le régime de Touadera.

Beaucoup de centrafricains pensent que cela ne sert à rien de voter pour que les résultats soient systématiquement tronqués.

Mon message est de leur dire qu’il n’y a que leur vote pour changer la situation et qu’ils doivent proscrire le fatalisme.

Nous sommes là pour mener leur combat et l’unique outil de travail dont nous avons besoin, ce sont leurs voix, c’est leur vote.

J’invite avec force tous les compatriotes en âge de voter de faire des efforts pour s’inscrire massivement sur les listes électorales,

de manière à s’approprier leur destin et influencer l’avenir de leurs enfants.

Source: Journal La Plume

Rejoignez notre liste d’abonnés

Laisser un commentaire