En Centrafrique, que reste-t-il de l’opposition ?

I Zingo Biani, COD-2020, UFDO, BRDC…Les huit (8) ans de règne du président Faustin Archange Touadera ont été jalonnés par la création et défection de plateformes regroupant leaders et partis politiques d’opposition. Jusqu’alors, aucune d’entre elles n’a pu créer la surprise : l’alternance. Aujourd’hui, dans quel état se trouve l’opposition en République Centrafricaine ? Explications…

Alors qu’il était encore président en exercice de la Coalition de l’Opposition Démocratique 2020 (COD-2020), l’ex-président de la République, François Bozizé, déclarait son ralliement à la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), en Décembre 2020, à la veille de l’élection présidentielle.

Aucune formation politique du COD-2020 n’avait alors publiquement condamné cet acte de rébellion. Pas même son propre parti le Kwa Na Kwa (KNK).

La réalité est que la majorité des opposants réunis au sein du COD-2020 étaient certains que Bozizé et la CPC marcheraient sur Bangui, et finiraient par renverser le Pouvoir de Touadera.

La suite des évènements a démontré que ce fut une grosse erreur de casting !

En exil et au pays

Aujourd’hui, le choix d’une position politique radicale ou de la voie des armes, a conduit plusieurs opposants à l’exil. La liste est longue.

Abdoul Karim Meckassoua, Bertin Béa, Alexandre Ferdinand Nguendet, François Bozizé, Christian Guenebem, Dominique Erenon…pour ne citer que ceux-là, en font partie.

Il faut compter aussi plusieurs dissidents, autrefois membres ou alliés du parti au pouvoir, le Mouvements Cœurs Unis (MCU). Certains ont rejoint la rébellion armée, tandis que d’autres, des mouvements activistes radicalement opposés au Pouvoir.

Quant à ceux resté au pays, peu sont actifs sur le terrain. Mais il y a aussi ceux qui ne manquent pas les occasions de faire entendre leur voix. C’est le cas de l’opposant Martin Ziguélé très présent dans les médias sur la scène nationale et internationale.

Maitre Crépin Mboli-Goumba, coodonnateur du Bloc Républicain pour la Défense de la Constiution (BRDC), se livrait lui aussi au même exercice avant son arrestation et sa condamnation en Mars dernier.

Des opposants, à l’instar de Jean Serge Bokassa, Charles Armel Doubane, ou encore Anicet Georges Dologuélé, se font plus rares. Certains demeurant au pays, d’autres, vivant plus de la moitié de l’année à l’étranger.

«Ils sont devenus inaudibles »

Même si les leaders d’opposition sont libres de leur parole en RCA, très peu ont la capacité de mobiliser plus de cinq mille (5000) personnes contre ce qu’ils qualifient souvent de «dictature».

Il est à noter que pendant près d’un an, le Pouvoir a systématiquement empêché les manifestations de l’opposition. Mais force est de constater que même en bravant l’interdiction gouvernementale, les opposants ne sont pas suivis par des masses.

Et ce n’est pas parce que la population adhèrerait massivement à la politique du régime en place. Mais plutôt, parce que la majorité des leaders d’opposition sont devenus inaudibles auprès de l’opinion nationale.

Cependant, certains, tel que l’infatigable député Joseph Bendounga, continuent d’arborer le terrain et d’exercer le ministère de la parole à l’Assemblée Nationale.

Il fait d’ailleurs parti des premiers députés à avoir tiré la sonnette d’alarme sur l’état de santé critique de son collègue, l’opposant Dominique Yandocka, jusqu’alors emprisonné pour complot de tentative de coup d’État.

Une diaspora hostile…

Très présent sur les réseaux sociaux, ils sont répartis à travers le globe. Europe, Afrique, États-Unis, Canada…Une vague d’opposant composée d’activistes de tous bords, et « hyper hostiles » au régime de Bangui.

Ils sont soient indépendants ou réunis au sein de collectifs, dont le plus connu est dénommé « les 12 apôtres ».

Plusieurs de ces opposants de la diaspora ont aujourd’hui des déboires avec la justice centrafricaine. Condamnés pour incitation à la haine, outrage au chef de l’État, atteinte à la sureté de l’État, certains sont sous le coup d‘un mandat d’arrêt.

Passant par les réseaux sociaux, ils dénoncent ce qu’ils qualifient de «dérives» des autorités, et dans leur pays d’accueil, s’attèlent à du lobbying pour faire stopper l’aide des bailleurs de fonds à la RCA, et « traduire le président centrafricain devant la justice internationale. » selon leurs dires.

Alternance possible ?

Au sein de cette diaspora d’opposition, on retrouve également des politiques résidents depuis plusieurs années à l’étranger.

Des personnalités tel que, le mathématicien et professeur émérite, Gaston Nguerekata. L’ancien ministre de la Communication, Adrien Poussou.

Le professeur d’université, Akandji Kombé, ou encore, l’ancien ministre Jean Serge Wafio…Des acteurs n’ayant pas les moyens de leur politique, et ne possédant aucune base locale acquise à leur cause.

Quant à la plateforme de l’Union des Forces Democratiques de l’Opposition (UFDO) fondée par feu Cyriaque Gonda, elle est aujourd’hui plus considérée par l’opinion, comme un allié du Pouvoir et non une véritable force d’opposition.

Leaders en perte de vitesse. Partis politiques en berne. Retournement de veste.Exil…Le constat est sans appel.

À dix-neuf (19) mois de la présidentielle, difficile de croire que l’alternance pourrait venir d’une opposition usée, rouillée, et totalement décrédibilisée.

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