Trafic d’influence, manœuvres politiques, menaces et intimidations…en ce début d’année 2024, une députée et le Directeur de cabinet du Président la République s’affrontent à des fins éléctorales…Explications.
C’est le récit d’une lutte entre deux personnalités publiques centrafricaines en prélude des prochaines législatives 2025. La Première, Marie Christiane Patassé, députée de Nana Bakassa 1, et fille de l’ancien président, Feu Ange Felix Patassé.
La seconde, Obed Namsio, Ministre d’Etat, Directeur de Cabinet du Président de la République centrafricaine.
Depuis ce début d’année 2024, rien ne va plus entre les deux compatriotes.
L’élément déclencheur
En mars 2022, la députée formule une demande d’ambulance auprès du Ministère de la Santé pour les populations de sa circonscription.
Un peu plus d’un an après, l’élue reçoit une réponse favorable de la part de Pierre Somse, Ministre de la Santé, dans une correspondance que Centrafrica a pu consulter, et datée du 16 juin 2022.
« J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que mon département prend acte de vos sollicitations et vous en remercie. Je sais saisis cette opportunité pour vous rassurer que les dispositions sont en train d‘être prises pour doter toutes les formations sanitaires restantes du pays en ambulance y compris, celle de la Nana Bakassa. »
Suite à cela, le 29 Décembre 2023, Madame Patassé se voit déchargé par les services du Ministère de la Santé, un véhicule ambulancier pour le compte du Centre de santé de Nana Bakassa.
Ce qui ressemble alors à une procédure administrative qui va bon train, va vite tourner au calvaire politique.
Revirement brutal
Sur le point de départ pour aller remettre officiellement l’ambulance à l’hôpital de sa circonscription, Patassé va être coupée dans son élan.
Le 2 janvier 2024, elle reçoit une injonction brutale du Ministre de la santé. Elle confie :
« Le Ministre de la santé m’a contacté pour me dire de restituer au Ministère l’ambulance, et qu’il irait lui-même faire la remise. »
Une requête à laquelle la deputee refuse d’accéder, étant donné qu’aucune raison valable ne lui ayant été présenté, et que toutes les démarches administratives ont été entièrement respectées.
Selon les informations recueillies par la rédaction de Centrafrica, saisie de l’affaire, la Gendarmerie nationale serait entrée en contact avec le bureau de l’Assemblée Nationale pour s’enquérir de la situation.
«On nous a dit que l’honorable Patassé a eu le véhicule de manière frauduleuse. Mais au regard des documents qu’elle a fourni, tout est en règle. Il n’y a aucune irrégularité. » Déclare un gendarme qui a suivi le dossier.
Il poursuit :
« Le DG de la gendarmerie lui-même qui a appelé le Bureau de l’Assemblée Nationale et qui a jugé qu’au regard de la situation, le député n’avait commis aucune infraction. »
Trafic d’influence et menaces
D’après plusieurs habitués du Palais présidentiel, la décision d’empêcher la députée d’acheminer cette ambulance dans la Nana Bakassa viendrait « d’en haut ».
Même son de cloche dans les coulisses de l’Assemblée Nationale, où tous les doigts pointent vers le Directeur de Cabinet à la Présidence, Obed Namsio.
Un député influent de la majorité explique.
« Namsio veut être candidat pour devenir député lors des prochaines législatives, ou soit il veut preparer le terrain pour un de ses proches. En 2021, Marie Christiane a battu un de ses proches parents las bas. Donc aujourd’hui, il fait des manœuvres pour empêcher notre sœur d’évoluer dans la région…et cherche à préparer le terrain pour lui »
Une situation décriée par plusieurs parlementaires proches du pouvoir, étant donné que Marie Christiane Patassé, est issue du groupe parlementaire Émergence comportant 7 députés, et membre de la majorité présidentielle.
Préfet, sous-préfet, maire, magistrat, forces de l’ordre…tout un réseau aura été mis à contribution sur fond d’intimidation et menaces pour faire échec à cette remise d’ambulance.
Un notable de Nana Bakassa témoigne.
« Nous avons reçu l’instruction de la part d’une autorité proche du président de la République de récupérer le véhicule et d’attendre une délégation qui viendra de Bangui pour en faire la remise. Nous on ne comprend plus rien dans ce qui se passe. Alors que ce que la deputée a fait est bon pour les popualtions de la localité »
« Je crains pour ma vie… »
Dans un courrier adressé au Procureur de la République que Centrafrica a pu consulter, la députée qui affirme avoir reçu des menaces, dit craindre pour son intégrité physique.
« Alors que je m’apprête à me rendre dans ma circonscription de Nana Bakassa avec l’ambulance auprès de la population, je crains pour ma sécurité personnelle au regard de tous ces problèmes et tracasseries. »
Joint par téléphone, un membre du cabinet parlementaire de Marie Christiane Patassé confirme que la députée s’est bel et bien rendue dans sa circonscription, et a pu procéder à la remise de l’ambulance aux populations de la région le 8 janvier 2024.
Les proches de l’élue pointent directement du doigt, Obed Namsio, qui selon eux serait a la manoeurvre pour lui mettre des bâtons dans les roues.
« Toutes ces menaces et intimidations sont pilotées par le Directeur de cabinet à la Présidence de la République qui ne veut pas voir Marie Christiane rempiler pour un autre mandat dans la Nana Bakassa. Mais nous lui disons qu’il a perdu d’avance» martèle un député du groupe parlementaire Émergence