« La constitution ne cadre plus à notre réalité » – Evariste Ngamana

Evariste Ngamana – 1er vice-président Assemblée nationale – Porte parole du MCU

Réélu 1er vice-président de l’Assemblée Nationale (VPAN) en début 2022 dans un contexte politique tendu, le député Evariste Ngamana nous a reçu le 11 aout 2022, à son bureau dans l’enceinte de l’Assemblée nationale (AN).

Mouvement cœurs Unis (MCU), cryptomonnaie, modification de la constitution,… Il a répondu en exclusivité aux questions de For you media  et Centrafrica, sous l’œil attentif des responsables de presse de l’Assemblée nationale.

Ancien prêtre, Ngamana a la parole rare. Réputé proche du Chef de l’Etat, il est désigné par ses pairs députés comme la cheville ouvrière du projet pour une nouvelle constitution.

Même s’il connait une ascension fulgurante depuis 2020,

porte-parole du parti présidentiel (MCU), député, président du groupe parlementaire de la majorité, 1er vice-président de l’Assemblée nationale,

l’homme n’en demeure pas moins pondéré et prudent, car il n’est pas sans ignorer que ses adversaires l’attendent au tournant.

Honorable Ngamana, comment se porte le MCU aujourd’hui ?

Je peux vous dire que le MCU se porte bien. Après les élections groupées, nous avons organisé notre rentrée politique qui a pu mobilisée toutes nos bases, que ce soit de Bangui, de provinces et même de la diaspora.

Il était question de mettre les gens en rang de bataille pour certains défis à venir. Nous tenons régulièrement des réunions de notre Bureau politique avec nos organes de bases des différents arrondissements de Bangui. En résumé, depuis les dernières élections le MCU se porte bien.

Le 6 aout 2022, des milliers de personnes ont manifesté, pour appeler au référendum pour une nouvelle constitution. Quelle est la position du MCU sur cette question ?

Cette manifestation était une manifestation populaire. D’ailleurs ce n’est pas la première. il y a un peu près d’un mois et demi, il y avait eu une première manifestation à Bangui.

Mais la particularité cette fois ci, c’est que cette manifestation s’est faite sur l’ensemble du territoire. A Bangui, il y a eu des milliers de personnes, et dans les différentes préfectures de la République il y a eu aussi pas mal de manifestants en faveur d’une révision constitutionnelle.

Le MCU est un parti qui soutient les actions du président de la République. C’est un parti fédérateur, un parti centriste, qui a toujours milité pour le bien-être du peuple centrafricain.

Dès lors que le peuple se lève pour manifester, alors sil est de notre devoir en tant que militants du parti de nous rallier à la volonté populaire. C’est pour vous dire, que le MCU soutien cette action du peuple qui s’est levé pour réclamer une nouvelle constitution.

Justement, parlant de la constitution, en quoi est-il urgent de réécrire la constitution ?

Le peuple centrafricain, et la jeunesse en majorité, s’est rendu compte que cette constitution renferme certains manquements. Si vous la parcourez, vous verrez qu’il y a des dispositions transitoires qui ne cadrent plus avec le contexte actuel.

C’est cela qui a motivé la jeunesse à recueillir environ 700 000 signatures pour réclamer une nouvelle constitution. La pétition a été déposée auprès de l’AN et nous l’avons examiné. Une proposition de loi a été faite par un de nos collègues, et nous en avons déclaré la recevabilité.

Nous avons demandé l’avis du gouvernement, et aujourd’hui, si le peuple qui est souverain estime qu’il faut aller vers une nouvelle constitution, nous ne sommes que ses représentants, et nous ne pouvons que nous plier à sa volonté.

Ce n’est donc pas une question d’urgence, mais plutôt une question d’actualité, et il faut s’y conformer. La réalité est là, cette constitution ne cadre plus avec la réalité de notre pays, et il est donc tout a fait normal que nous puissions la revoir.

Vous parlez d’un texte qui ne cadre plus avec la réalité centrafricaine. Alors dites nous, quelles sont les dispositions de la constitution que vous pensez ne plus être adaptées à la réalité en RCA ?

Dans cette constitution, il y a selon moi des institutions qui sont budgétivores puisque nous avons pas mal d’institutions constitutionnelles, mais en réalité nous avons un problème de trésorerie.

Donc en réduisant ou en ramenant ces institutions au niveau d’un simple organe administratif, nous ferons l’économie du peu de ce que dispose le Trésor public afin de le réorienter vers des investissements.

Aussi, au sein de cette constitution, il n’y a pas un accent mis sur la Chefferie traditionnelle. Vous savez qu’en Afrique, les questions liées au civisme et au bon fonctionnement de la société doivent se focaliser sur les chefs traditionnels. Et de ce coté, il y a eu négligence ou omission.

Il y aussi la question de vacance de pouvoir qui se pose à un certain niveau. En 2020, quand il a fallu aller aux élections, à cause du Coronavirus et des cas de force majeure, on devait se trouver dans un vide constitutionnel.

Si on organisait pas les élections en Décembre, le mandat du président arrivait à terme, celui des députés aussi, et devait alors se poser un problème de vacance de siège.

Dans les dispositions de la proposition de loi constitutionnelle proposée par notre collègue, il a pensé à cela pour qu’il y ait un vice-président de la République (VP). Au cas où, les institutions arrivaient au terme de leur mandat, le VP peut conduire le pays jusqu’à l’organisation de nouvelles élections.

Et encore d’autres dispositions, telles que la révision du mode de désignation des sénateurs, en tenant compte des anciens premiers ministres qui seront membres de droit.

Voila quelques éléments qui ont motivé cette proposition de loi constitutionnelle portée par notre collègue Brice kevin kapkayen, et fortement soutenue par le peuple centrafricain avec d’autres aspirations profonde que nous prendrons en compte.

Concernant cette mobilisation, de nombreux articles publiés par certains médias, disent que les participants ont été payés. Pensez-vous que cette manifestation émane vraiment de la volonté du peuple ?

Je pense que vous étiez là, et que vous avez constaté cet engouement qu’il y a eu lors de cette manifestation. C’est avec beaucoup de regrets que je constate que certains organes de presse se plaisent dans des allégations non fondées.

Pour dire que des billets ont été distribués aux manifestants. Certains, vont jusqu’à évoquer un montant de 20 EUROS par personne. Mais où allons nous trouver ces moyens ? Etant entendu que la RCA fait face à des tensions de trésorerie. Je pense que ce qui a prévalu, c’est d’abord la volonté du peuple centrafricain.

Donc vous confirmer qu’il n’y a pas eu de main cachée derrière cette manifestation ?

Pas du tout. Il n’y a aucune main cachée. Vous pouvez posé la question au centrafricain lambda, ils vous diront que c’est leur vœu, leur volonté qu’ils ont tenu à exprimer.

L’Assemblée nationale a voté la cryptomonnaie comme monnaie légale de référence en RCA. Dites nous qu’est-ce qui a motivé le vote favorable pour le Bitcoin ?

Le Bitcoin ne date pas d’aujourd’hui, et ce n’est pas seulement une initiative de la République centrafricaine (RCA). La cryptomonnaie est utilisée dans le monde entier. Sauf qu’en RCA, nous avons eu le courage et la volonté de légiférer sur la question.

Aujourd’hui, le monde est polarisé et nous avons des ressources naturelles à valoriser. Mais eu égal à certaines contraintes, nous devons trouver des voies et moyens, et là je loue le courage du président de la République et de son gouvernement qui ont eu à initier ce projet de loi.

Le parlement l’a adopté par acclamation. Cela témoigne à suffisance que c’est une loi qui donne la possibilité à la RCA de pouvoir faire du commerce et investir dans différents domaines à travers la cryptomonnaie.

Un dernier mot pour les centrafricains ?

Le pays nous appartient, et nous avons le devoir sinon l’impérieuse nécessité, de vivre en cohésion, d’aspirer à la paix et au développement.

Pour cela, il nous faut des institutions fortes.

En commençant par une constitution qui reflète la réalité de notre pays, des institutions représentatives du peuple, et enfin, par des Hommes compétents, de bonne moralité, disponibles et disposés à pouvoir diriger ce pays.

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