Qui a tué Barthélémy Boganda ?

Dimanche 29 mars 1959, jour de pâques, un avion explose dans l’espace aérien centrafricain. Au milieu des débris de l’avion, huit corps sont retrouvés. Parmi eux, une dépouille particulière est identifiée. Barthélémy Boganda, le président fondateur de la République Centrafricaine (RCA). 65 ans après sa tragique disparation, l’opinion continue de s’interroger. Que s’est-il passé ? A-t-il été victime d’un accident ? Un assassinat ?  Centrafrica vous plonge au cœur de révélations inédites.

Le télégramme

Barthélémy Boganda savait que sa vie était menacée. La veille de son voyage pour la ville de Berbérati, l’ancien prêtre se serait retiré à Sékia, chez le chef du village.

« Il souhaitait s’isoler pour éviter ses proches collaborateurs qui tentaient de le convaincre d’abandonner la mission de Berbérati », témoigne Monseigneur Dieudonné Stanislas Mbango, président du parti politique MESAN fondée par Boganda.

Quelques jours avant son voyage, le président fondateur de la RCA, reçoit un télégramme de la part de Monsieur Framo, Représentant du parti MESAN dans la ville de Bambari. Le contenu de la correspondance est alarmant.

«Monsieur le président, je vous suggère urgemment d’effectuer le déplacement de Berbérati en véhicule et non par avion. » recommande Framo depuis Bambari.

Un conseil de son camarade que Boganda minimise. Le 29 mars 1959, il s’apprête à monter dans l’avion après avoir salué les membres du Gouvernement venus l’accompagner à l’aérodrome. Son Directeur de Cabinet, Luc Boret, l’interpelle :

« Monsieur le Président ! » Boganda le coupe court et rétorque. « Si c’est pour le télégramme, je n’ai pas peur de mourir pour ma patrie. »

La Bombe

Plusieurs témoins ayant participé à la recherche de l’épave de l’avion ont affirmé avoir identifié le corps de Barthélémy Boganda. L’un d’entre eux, explique la scène de la découverte de son corps.

« Il était attaché à son siège, le crane défoncé, les jambes brisées et le ventre ouvert. On a aussi retrouvé le corps de certains blancs avec les noirs. »

S’agissant de l’avion qui l’amenait de Berbérati vers Bangui,les témoignages affirment que ce dernier était fortement endommagé. Des spécialistes ayant travaillés sur l’épave quelques années plus tard écartent la thèse de l’accident. Pour eux, seule une bombe aurait pu causer de tels dégâts.

Une thèse concordante avec les témoignages de certains habitants de la localité de Grima.

Des villageois de Grima présents non loin de l’endroit du crash, et premiers arrivés sur les lieux, disent avoir entendu le bruit d’une explosion dans les airs avant que l’avion ne tombe au sol.

Une bombe aurait donc causé la mort des huit passagers et le crash de l’avion. Si c’est bien le cas, alors à qui profite le crime ? Qui aurait à gagner en éliminant Boganda ?

Un rencontre mystérieuse

L’enquête pour connaitre l’origine de la bombe meutrière du 29 mars 1959, nous conduit en occident. Plusieurs éléments tendent vers un homme de nationalité française et suisse, et résidant à Berne.

Requérant l’anonymat, un centrafricain âgé de 86 ans, et proche de lieutenant fidèle de Boganda, confie qu’il a fait la rencontre de l’homme en question. Ce dernier,  lui aurait alors fait une confidence… Il aurait fait partie de l’équipe qui a fabriqué la bombe placée dans l’avion transportant Barthélemy Boganda et les sept (7) autres passagers.

Des faits difficiles à vérifier, car ce mystérieux individu demeure introuvable à ce jour. Selon certains témoignages recueillis par Centrafrica , l’intéressé serait décédé en 2007.

Barthélemy Boganda fut un homme politique engagé. Un panafricain qui se battait pour l’émancipation de l’homme noir, qui ne pouvait passer que par une véritable indépendance de l’Afrique subsaharienne. Boganda gênait, particulièrement t l’ancien colonisateur, et certains de ses pairs de la sous-région.

Selon le Professeur, Abel Goumba, qui fut parmi les premiers politiques sur les lieux du crash, on pouvait entendre des cris et des pleurs au loin. Parmi eux, il y avait ceux de Rémon Pierre, un mécanicien martiniquais, grand ami de Boganda. Il s’écriait en sanglots :

« Non Boganda, ce n’est pas vrai ! Tu ne peux pas nous faire ça ! Tu ne dois pas nous faire ça »

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