Qui peut encore arrêter le Bulldozer Touadera ?

À trois (3) semaines seulement du dépôt des dossiers de candidatures aux élections législatives et présidentielles auprès de l’Autorité Nationale des Élections (ANE) en Centrafrique, la classe politique se range en ordre de bataille…Devenir député ou Président de la République durant les sept (7) prochaines années. À l’aube de cette course au pouvoir, une interrogation est sur toutes les lèvres. Qui pourra faire tomber Faustin Archange Touadera ? Centrafrica vous explique…

Anicet Georges Dologuélé

Après avoir perdu le combat contre la nouvelle constitution de 2023, le chef de file de l’opposition a entamé en début d’année 2025 une procédure de renonciation de sa nationalité française qu’il détenait depuis trois décennies.

Même s’il s’évertue à clamer un sacrifice pour « la démocratie et le débat politique », personne n’est dupe. L’opinion nationale et internationale est bien consciente que l’ex-premier ministre a renoncé à cette nationalité pour être éligible au regard de la nouvelle constitution. Mais cela suffira-t-il pour battre Touadera face à qui il a déjà échoué deux fois?

Déjà plusieurs voix pro-pouvoirs se prononcent sur sa potentielle inéligibilité, et son retrait de la liste électorale. Certains observateurs vont même jusqu’à présager un scenario à la Tidjane Thiam en Côte d’Ivoire.

Sur le plan national, son parti Union pour le Renouveau Centrafricain (URCA) est sorti affaiblit de sa dernière alliance avec le président François Bozizé aux dernières élections en 2020. Soutenu pendant un moment sur le plan international pour briguer le fauteuil présidentiel, Anicet Georges Dologuélé, a vu plusieurs portes qui jadis lui étaient ouvertes, aujourd’hui se fermer.

Le principal challenger de Faustin Archange Touadera rentre dans la course au pouvoir avec un parti affaibli, enregistrant plusieurs départs d’éléments clés depuis ces cinq dernières années.

Martin Ziguélé

Réélu président du parti Mouvement pour la Libération du Peuple Centrafricain (MLPC) sur fond de contestation, l’ex-premier ministre Martin Ziguélé traine aujourd’hui une formation politique exsangue. Divisée de parts et d’autres.

Plusieurs caciques du mouvement ayant crée une branche parallèle MLPC-Originel, ont rejoint les rangs de l’alliance au Président Faustin Archange Touadera. Il rentre donc dans cette compétition fortement affaibli de l’intérieur. Avec une capacité de combat considérablement réduite.

Une seule chose pourrait lui sauver la mise. Une fédération de l’opposition autour d’une candidature unique : la sienne. Une hypothèse qui demeure du domaine de l’inimaginable étant donné les fissures au sein même de l’opposition.

Tous veulent y aller. Tous veulent être Président. Cependant, il n’y a de fauteuil que pour un seul…Celui qui fut hier un allié de Touadera possède aujourd’hui très peu de cartes gagnantes dans son jeu pour lui faire barrage.

Henri Marie Dondra

L’ancien collaborateur du Président Touadera est également sur la ligne de départ pour la course à la présidentielle. Ancien ministre des Finances et premier ministre, Henri Marie Dondra est l’un des principaux architectes du régime en place.

Si depuis 2021, il a pris ses distances avec le pouvoir et créer son mouvement Unité Républicaine (UNIR), il n’en reste pas moins qu’il continue d’entretenir ses réseaux au sein du régime. Annoncé comme l’un des principaux challenger du président sortant, l’homme hésite encore a annoncé officiellement sa candidature même si son parti UNIR l’a désigné candidat. En d’autres termes, il n’a pas encore dit OUI !

Selon les informations recueillies par Centrafrica, il se pourrait que Henri Marie Dondra renonce à une candidature contre son ancien patron. Des discussions seraient en cours pour un potentiel « arrangement entre les deux camps », confie un cacique du Pouvoir.  

Jouissant d’une certaine popularité au sein des masses, plusieurs observateurs considèrent qu’il ne fait pas le poids contre Faustin Archange Touadera. C’est le fils qui voudrait détrôner le Père. Un scénario Emmanuel MacronFrançois Hollande. Cependant, une chose importante est à prendre en compte. Le Centrafrique n’est pas la France.

Crépin Mboli-Goumba

Son cas est déjà réglé par la nouvelle constitution du 30 aout 2023 annoncent les commentateurs de la vie politique en RCA. Détenant la nationalité Centrafricaine et Américaine, Crépin Mboli-Goumba, n’est pas éligible au regard de la nouvelle loi fondamentale.

« Le candidat à l’élection présidentielle doit être exclusivement centrafricain au jour du dépôt de son dossier de candidature » explique un juge constitutionnel centrafricain.

Mboli-Goumba aurait-il emboité le pas à son frère d’armes Dologuélé ? Sera-t-il libéré de son « allégeance aux Etats Unis » avant la date du dépôt des dossiers de candidatures prévue du 2 au 11 octobre 2025 ?

Au regard du contexte actuel, lui aussi part avec un désavantage considérable dans cette course au pouvoir dont il se voit écarté jour après jour.

Sa seule issue, le dialogue politique entre le Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC) et le Gouvernement centrafricain afin de trouver un arrangement lui permettant participer aux élections.

Les groupes armés

S’ils étaient forts en décembre 2020 en créant la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), la donne a totalement changée en 2025. En juillet dernier, les principaux groupes rebelles ont signés un accord avec le Gouvernement centrafricain, et leurs troupes sont entrées dans un processus de désarmement progressif.

Les chefs rebelles les plus nocifs en l’occurrence, l’UPC de Ali Darassa, 3R de Sembe Bobo, MPC de Mahamat Al-Kathim, ont tous rejoins les rangs de « l’ Accord de paix de N’Djamena ». Une initiative des Presidents Centrafricain et Tchadien.

Quant au plus récalcitrants, ils sont traqués, arrêtés, ou encore contraints à l’exil. Les groupes armés qui persévèrent dans leur voie sont aujourd’hui disséminés et totalement affaiblis.

Au regard du contexte actuel, l’épisode des élections 2020 perturbées par les rebelles de la CPC ne risque pas de se répéter.

Conclusion

Si certaines personnalités politiques centrafricaines nostalgiques du temps de la « Françafrique » espèrent encore une intervention de Paris dans les affaires de son ancienne colonie, elles risquent fort bien d‘attendre jusqu’au retour de Christ.

Les rapports entre la France et la RCA ont radicalement changés. Depuis l’adoption de la feuille de route entre Paris et Bangui en 2023, la diplomatie française en RCA a complétement lâché la main sur le volet politique local.

Fini le temps où les présidents centrafricains étaient faits et défaits par l’ancienne métropole.

Avec une opposition en déconfiture, des groupes rebelles affaiblis, et une alliance élargie autour de sa personne, l’actuel Président centrafricain et candidat à sa propre succession, semble indéboulonnable en 2025. Un Bulldozer en marche qui n’hésitera certainement pas à écraser tous les obstacles sur son chemin.

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