7 choses à savoir sur Sani Yalo, l’homme d’affaires proche de Touadera

Sani Yalo – Homme d’affaires et conseiller du président Touadera

Richissime homme d’affaires et acteur majeur de la scène politique centrafricaine, Sani Yalo a souvent défrayé la chronique en RCA et au-delà de ses frontières. 

Discret et mystérieux, il est pointé du doigt par certains, à tort ou à raison, comme le mouton noir de la République.

D’autres, dépeignent le portrait d’un patriote travailleur et généreux, qui a su se hisser au sommet. 

En réalité, beaucoup parlent du personnage, mais très peu peuvent se targuer de réellement le connaître .

Au travers d’une enquête de plusieurs mois, basée sur le témoignage de proches, collègues, adversaires, et lui-même…

Centrafrica vous révèle 7 choses essentielles sur le chemin de l’ascension de cet homme d’affaires réputé très proche du président centrafricain.

Ses origines 

Issu d’une famille Haoussa de Centrafrique, il naquit le 10 mars 1966 à Bangui.

Fils de Mahamat Yalo et de Maïmouna Sani,

il doit son nom à la combinaison du patronyme de ses parents : Sani Yalo en langue haoussa qui signifie « petit taureau ».

Son père fut l’un des premiers habitants de la ville de Bangui.

Lorsque l’administration coloniale française décida de faire du Kilomètres 5 le quartier musulman de la capitale,

Mahamat Yalo fut l’un des notables qui se vit attribuer de vastes lotissements.

Raison pour laquelle jusqu’à ce jour, un des quartiers de la zone porte toujours son nom.

Bien qu’issu d’une famille de confession musulmane, après des études primaires à Bangui, Sani Yalo passe par le petit séminaire Catholique de Bangassou chez les prêtres.

Un ancien collègue de classe témoigne : 

« Depuis que nous sommes petit jusqu’à lors, la majorité de ses amis sont des chrétiens. Je crois que comparer à ses frères musulmans, je suis même plus au parfum de ses petits péchés mignons…  »

ironise l’ami d’enfance, avant de poursuivre : 

«  il n’est pas natif de Bangassou comme moi, mais il a étudié avec nous sans soucis. Nous sommes descendus à Bangui ensemble pour l’Université. On était tous frères, il n’existait aucune division entre chrétiens et musulmans à cette époque. »

Sani Yalo qui pourtant pratique l’islam, aura donc bénéficié d’une éducation chrétienne. Lorsqu’on l’interroge sur ce paradoxe, il déclare :

« Il faut croire que les voies du Seigneur sont impénétrables.»

Sani Yalo

Une fortune construite brique après brique

Considéré comme l’un des plus fortunés de la République, il fait fortune dans le secteur du Transport. 

Cependant, plusieurs ayant croisé sa route lors de ses débuts, se souviennent d’un jeune homme qui a commencé avec peu.  

« C’est l’oiseau qui petit à petit fait son nid. Sani a commencé devant nous au Kilomètres 5, en vendant dans son petit kiosque devant la maison familiale »

rappelle Ousmane, influent commerçant du pk5, poumon économique de la capitale.

Une version confirmée par plusieurs opérateurs économiques de la zone, et notamment, par l’intéressé lui-même. 

«  Dans ma petite boutique, je vendais du sucre, de l’huile, des cigarettes…et avec mes bénéfices je faisais des économies. »

Une épargne que le « jeune Sani » souhaite utiliser pour développer une autre affaire : le transport.

Des économies certes, mais insuffisantes pour se lancer. Il se tourne alors vers la famille. 

«  Grâce à un coup de main de mon père et mon beau-frère, j’ai acheté un taxi. Avec le temps, j’en ai eu un autre. Puis j’ai économisé, comme avec mon kiosque. Ça m’a permis d’acheter un camion, et ensuite un autre…petit à petit, je me suis constitué une petite gamme de camions. » 

C’est à travers cette activité de transport qu’il va diversifier ses activités.

Notamment, dans le commerce de café et d’hydrocarbures entre la Centrafrique, le Soudan, et la République Démocratique du Congo.

Aujourd’hui à la tête d’une flotte de plus de 40 poids lourds, il est depuis 2016, le Président du Conseil d’Administration du Bureau d’Affrètement Routier Centrafricain (BARC).

Un engagement politique 

Connu pour avoir traversé plusieurs régimes, de Patassé à Touadera en passant par Bozizé, Djotodia et Samba Panza,

l’homme a su naviguer en bon comme en mauvais temps. Un diplomate africain en poste à Bangui confie :

« J’ai échangé avec plusieurs politiques centrafricains. Sani Yalo est de ceux qui m’ont le plus marqué. Il maîtrise parfaitement le système et connaît bien les différents acteurs politiques du pays. On apprend beaucoup à travers lui. Il a une vraie maitrise des dossiers concernant la RCA. Pour le diplomate que je suis, cela aide à avoir une meilleure lecture de la situation centrafricaine. »

Lorsqu’on évoque les raisons de son engagement, l’homme d’affaires se veut patriote : 

« J’aime mon pays, et je souhaite apporter ma contribution afin que nos populations profitent de ses multiples richesses…C’est aussi pour retrouver ce pays d’hospitalité, et de tolérance que j’ai connu dans mon jeune âge que je me suis lancé en politique. » 

Ministre conseiller spécial du Président de la République, Faustin Archange Touadera (FAT), qu’il soutient bec et ongle depuis le premier tour de l’élection présidentielle 2015-2016,

il est pourtant perçu comme une menace par certains membres du cercle du Chef de l’Etat. Un conseiller à la présidence s’offusque :

« Il a trop d’influence auprès du président et ce n’est pas bon… Cet homme est dangereux… » 

Une affirmation que réfute complétement Sani Yalo.

« C’est faux ! Mon rôle n’est pas d’avoir une quelconque influence auprès du chef de l’Etat. Je vois le président Touadera tous les jours à l’œuvre sous la tempête et la pluie…et mon rôle, c’est de l’aider à accomplir sa mission même sous les intempéries. Alors, je joue mon rôle. »

Un rôle largement reconnu et apprécié par les fidèles du Président selon un député influent de la majorité :

« On peut l’aimer ou pas mais la réalité est que Sani aide beaucoup le pouvoir du président Touadera. Et le président lui fait entièrement confiance. »

L’exil et la prison 

Ayant connu la rudesse de la prison et la solitude de l’exil, l’homme semble en garder un profond souvenir. Blessant. Humiliant. 

Tout part de l’affaire Zongo oil. 

« Une cabale organisée par un gouvernement dirigé par un homme incompétent, qui n’était intéressé que par l’odeur alléchante du bifteck républicain. Cet homme, c’est Anicet Georges Dologuélé. »

C’est par ses propos que l’homme d’affaires décrit cette accusation de fraude fiscalo-douanière, s’élevant à 4 milliards de FCFA qui lui vaudra un procès.

La justice centrafricaine rendra un non-lieu.

D’après lui, cette cabale a été orchestrée dans le but de nuire à son ami Dogonendji,

alors pressenti au cours de l’an 2000, en remplacement de Dologuélé à la primature.

Un ami qui mourra quelques années plus tard à l’étranger dans  » des conditions que je ne souhaite pas à mon pire ennemi » poursuit-il. 

Suite à cette affaire, ses relations avec le président Patassé dont il fut un temps le conseiller, se dégradent profondément.

Tombé en disgrâce et sentant son intégrité physique menacée,

il s’exile au Cameroun où il réside jusqu’au coup d’Etat du Général François Bozizé en mars 2003.

Décembre de la même année,

il est de retour au pays, où il sera arrêté manu militari quelques mois plus tard avec son frère Danzoumi Yalo, pourtant réputé proche de François Bozizé, qu’il avait rejoint au maquis un mois plutôt avant la prise de Bangui.

L’ancien exilé rentré au pays dénonce une arrestation arbitraire.

Officiellement, le nouvel homme fort de Bangui la justifie par l’affaire Zongo-Oil.

Officieusement, le général putschiste accuse les frères Yalo de fomenter un coup d’Etat en s’appuyant sur les mercenaires tchadiens qui l’ont porté au pouvoir.  

Résultats des courses ?

Sans aucun procès, Sani Yalo passera au total 5 années derrière les barreaux, dont 2 ans dans une prison militaire à Benzambé, le village natal de François Bozizé.

Un témoin de sa déportation en 2006 exprime de vifs souvenirs : 

« C’était violent ! Les militaires l’ont botté et roué de coups avant de le jeter à l’arrière de leur pick-up. On savait qu’ils partaient pour Bossangoa. J’étais persuadé qu’ils allaient le tuer là-bas. Du temps de Bozizé, ce genre de voyage c’était un aller sans retour. »

Se rappelant cette sombre et éprouvante expérience, l’ancien détenu confie :

« Je pardonne, mais je n’oublie pas. »

Sani Yalo

Redoutable adversaire

Si son entourage le prône comme faiseur de rois, il n’en est pas moins qu’on lui attribue à tort ou à raison, la destruction de bien des carrières. 

Dernières en date : celle de Karim Mecksassoua (KM) et Henri Marie Dondra (HMD).

Nous nous sommes intéressés à la plus récente.

Ephémère Premier ministre (8 mois), Henri Marie Dondra était pendant plusieurs mois à couteaux tirés avec Sani Yalo.

Selon un poids lourd de l’opposition, sa chute en serait la conséquence.

« Sani a contribué favorablement à l’accession de Dondra à la primature. Une fois arrivé, ce dernier s’est mis à rouler les mécaniques et cherchait à écraser les gens…Sani Yalo a donc apporté sa contribution, mais dans le sens inverse. La suite de l’histoire, on la connait. »

Si plusieurs habitués des couloirs du Palais de la Renaissance (Présidence) attribuent la chute de l’ancien PM au conseiller spécial de FAT,

il faut reconnaitre qu’au sein du MCU, le parti au pouvoir, les avis divergent sur le sujet.

Un cacique du régime qui jadis avait tenté la carte de l’apaisement entre les deux hommes confie :

«C’est vrai qu’il y avait de fortes tensions entre HMD et Sani. Mais la chute de Dondra est venue de Dondra lui-même. Il s’est fait beaucoup d’ennemis, qui se sont ligués contre lui, et l’ont aidé a scié la branche sur laquelle il était assis. »

A en croire ses proches, combattre celui qu’ils appellent affectueusement « le sultan » est une très mauvaise idée.

Lors d’un de nos entretiens, un de ses fidèles lieutenants aura cette formule :

« Comment ne pas se blesser en tentant de saisir les cornes du petit taureau…Sani est un adversaire redoutable. »

En effet, selon nos informations, plusieurs ministres, députés, et hommes d’affaires, l’ont appris à leurs dépens.

Politique influent

Faisant partie des rares personnes qui jouissent d’une totale confiance auprès du président de la République, Sani Yalo est craint dans le sillage politique centrafricain.

Mais selon plusieurs députés, une partie de son influence émanerait également de l’Assemblée Nationale.

Comment ?

Un élu empêché de se présenter à l’élection législative 2020 sous la bannière du Mouvement Cœurs Unis (MCU), bien qu’étant membre du parti, rend un témoignage particulièrement édifiant.

« Sarandji a refusé que je sois candidat au nom du MCU, donc je me suis présenté en indépendant. Je suis populaire dans ma circonscription certes, mais c’est grâce à Sani Yalo qui a financé ma campagne, que j’ai pu obtenir mon siège de député. Et il a fait la même chose pour des dizaines de collègues qui sont aujourd’hui à l’Assemblée.»

Après des investigations poussées, nous avons pu identifier une vingtaine d’élus dont la campagne aurait été directement financée par l’homme d’affaires.

Cependant, plusieurs témoignages concordants portent à croire que leur nombre serait plus élevé.

Interrogé sur la question de ce financement au profit de certains députés, Yalo esquisse un léger sourire, garde le silence quelques secondes, et lance :

« Vous avez une autre question ? »

Dans un restaurant de la capitale, nous retrouvons un député de l’opposition plus généreux en commentaires.

« Ils sont au moins 30 députés à avoir été élus grâce à l’argent de Sani Yalo. D’ailleurs plusieurs d’entre eux ne s’en cachent pas. »

Visiblement agacé par le personnage il poursuit :

« Voilà un monsieur qui n’a jamais été élu, même en tant que chef de quartier, mais qui aujourd’hui, non seulement contribue à faire élire des députés, mais aussi à les destituer. C’est ce qui est arrivé avec Meckassoua. C’est lui qui a fait tomber Karim. »

Environ 1 mois après ce témoignage à la rédaction de Centrafrica,

le parlementaire a rejoint la majorité présidentielle suite à une scission au sein de l’opposition.

Premier employeur après l‘Etat

A la tête du groupe Albatross, une multinationale comptant plusieurs entreprises en Centrafrique,

Sani Yalo est un entrepreneur multi-casquettes qui investit dans plusieurs secteurs.

Transport, immobilier, grande distribution, production d’eau minérale, ect…

Un empire à travers lequel il emploi plus d’un millier de centrafricains, faisant de lui le premier employeur privé après l’Etat.

Évoquant l’avenir de son groupe, l’homme d’affaires nourrit la vision de créer encore plus de richesses sur le territoire national :

« Nous avons encore d’autres unités de productions en phase finale de construction. Une fois qu’elles seront opérationnelles, on compte employer 1500 à 2000 personnes d’ici à 2024. »

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