Docteur en sciences politiques et porte-parole d’une des plus grandes organisations de la société civile centrafricaine, le Groupe de Travail de la Société Civile (GTSC),
Crescent Beninga, mène depuis plusieurs années un combat farouche contre ce qu’il appelle les « injustices sociales » perpétrées par la classe politique dirigeante en République Centrafricaine (RCA).
Dernier acte en date, son appel à une manifestation contre la mauvaise distribution d’eau, d’électricité et la cherté de la vie.
Le 12 Avril 2024, alors que plus d’une centaine de centrafricains repondent à son appel, les forces de l’ordre quadrillent les principaux axes du centre-ville de la capitale Bangui, et empêchent le mouvement de protestation.
Au même moment, une manifestation de groupes soutiens du Pouvoir est encadrée par la police face au siège de la société d’Energie Centrafricaine (ENERCA) où était prévu le point de chute de la manifestation du GTSC.
Dans une interview exclusive accordée à Centrafrica, Crescent Beninga, revient sur cette journée, sa motivation, et promet de futures actions.
Vous avez initié une manifestation pour dénoncer la mauvaise distribution d’électricité par ENERCA. Pourquoi ne pas opter pour le dialogue avec la Direction de la société comme certaines entités le préconisent ?
Le dialogue n’était plus envisageable. La direction de la société n’a aucun respect pour les consommateurs que nous sommes. Elle se dit que nous n’avons pas droit à l’information. Nous avons d’ailleurs appris que le dysfonctionnement de ces derniers temps est le fait de la négligence dans la maintenance des machines.
Certaines associations pro-pouvoir condamnent votre démarche, et vous accusent d’avoir une vision de déstabilisation des institutions, et d’être à la solde de l’opposition ? Que répondez vous à ces accusations ?
La méthode est désormais connue : vous faire passer pour des terroristes, des manipulés afin de justifier la répression contre vous. Ça ne passe plus. Oui, je suis manipulé…manipulé par le sang des compatriotes centrafricains décédés dans nos hôpitaux par manque d’électricité. Oui je suis manipulé par la souffrance des centrafricains qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts à cause de la cherté de la vie. Destituer les institutions ? Encore une fantaisie, une grossièreté, une fuite en avant. Cet argument ne m’impressionne pas.
Que recherchez vous concrètement à travers ce mouvement de protestation ?
Le bien-être des Centrafricains pris en otage dans leur propre pays.
La société ENERCA justifie les délestages récurrents, et la non distribution d’électricité aux usagers par des travaux en cours pour réparer des pannes et accidents sur ces installations. Vous ne semblez pas convaincu par cette version des faits…
Des médecins après la mort. Il a fallu qu’on hausse le ton pour qu’elle gesticule. L’ENERCA n’est pas à sa première forfaiture. Il vous souviendra qu’en décembre 2023, la direction de la société a promis rétablir la situation en janvier 2024. Nous sommes en avril 2024, je vous laisse tirer la conclusion.
Votre manifestation a été empêchée par les forces de l’ordre. Que s’est-il passé concrètement sur le terrain ?
Nous sommes dans un État policier. Notre marche a été interdite, notre rassemblement a été quadrillé. Par contre, le Pouvoir en place a sorti des billets de banque pour financer une contre manifestation de soutien à L’ENERCA.
Comme je l’ai dit auparavant, il y aura une suite à cette action. Nous ne baisserons pas les bras jusqu’à satisfaction totale de nos revendications. Nous serons les auteurs du changement que nous voulons voir.
Vous parlez de billets de banque distribués. Avez vous des preuves de ce que vous affirmez ?
Des images de ces faits existent et font le tour du monde.
Selon vous, qui est le principal responsable de cette mesure visant à vous empêcher de manifester votre mécontentement ?
C’est le Ministère de la Sécurité Publique.
Vous avez déclaré devant la presse présente à cette manifestation, je vous cite, « vous entendrez parler de nous dans les prochains jours « . À quoi doit on s’attendre de votre part ?
Nous allons nous prononcer sur cet aspect le moment venu.
Depuis votre appel à manifester, vous faites l’objet de menaces contre votre intégrité physique par des groupes se réclamant être des soutiens du Pouvoir. On vous dit gênant. Ne craignez vous pas pour votre vie ?
Que vaut ma vie face à la souffrance indicible de nombreux centrafricains ?

