Comment Dondra se met sur orbite pour le «Fauteuil»

21 mois après sa démission simultanée de la Primature et du Mouvement Coeurs Unis (MCU), l’ex-premier ministre centrafricain Henri Marie Dondra (HMD), est investi à la tête de sa formation UNIR… Première étape vers la présidentielle 2025.

Du 24 au 26 Novembre, les partisans de Henri Marie Dondra, 57 ans et adulé par ses militants, ont signé la rentrée politique de leur nouveau parti.

Fait marquant, l’évènement s’est tenu en même temps que la célébration des 5 ans d’anniversaire du MCU, le parti au pouvoir. Simple coïncidence de calendrier ou symbolique politique ?

Si les avis peuvent diverger sur la question, son intronisation à la tête de sa formation révèle la clarté d’un plan de carrière qui n’est plus à démontrer. 

Guy Zoundebo, écrivain et analyste politique partage son point de vue.

« Avec cette rentrée politique en grande pompe et son intronisation, Dondra s’est officiellement mis en orbite pour le fauteuil suprême. Il est passé de monsieur le Premier ministre, et monsieur l’honorable député, à Monsieur le Président. C’est un pas de plus vers son objectif. Aujourd’hui, il devient de facto, l’un des hommes politiques les plus en vues du pays. Il faudra maintenant compter avec le président de UNIR »

« Le Président »

Henri Marie Dondra intronisé président du parti UNIR, le 25 Novembre 2023Bangui

Celui qui pendant 6 ans fut l’un des principaux seconds couteaux de Faustin Archange Touadera, est aujourd’hui, chef d’un parti politique de premier plan et aspirant au pouvoir.

Faisant son entrée au Palais de la CEMAC à Bangui, Dondra fait bonne allure. Vetu d’un léger costume couleur blanc-belge. Le sourire aux lèvres. Il lève les mains avec assurance sous l’ovation de centaines de militants qui scandent «HMD Président, HMD, Président, Ashem Président…» 

Plusieurs personnalités ont répondu à son invitation…représentants de partis politiques, institutions de la République, corps diplomatique, et leaders de la société civile.

Dans un discours aussi polissé que symbolique, le président de UNIR évoque un court moment son passage au MCU.

« Ayant travaillé avec le Président Touadera, j’ai beaucoup appris. Et je ne regrette pas les moments de joie et de bonheur partagé, ainsi que les moments d’incompréhension et de difficultés. »

Des propos laissant envisager que l’homme aurait définitivement tourné la page, et se prépare maintenant à la prochaine étape.

Convaincre

Au regard de l’enthousiasme des militants du parti UNIR réunis pour ces 3 jours de rentrée politique, il n’est pas difficile d’affirmer que ces derniers croient dur comme fer au potentiel de leur «champion».

Pour convaincre les plus sceptiques de ses compatriotes, l’ancien PM ne mise certainement pas sur son passage à la Primature qui fut éphémère (8 mois).

Il jouerait plutôt une autre carte. Son bilan à la tête du Ministère des Finances (2016-2021). 

D’ailleurs, il ne manquera pas de le défendre dans son allocution devant ses convives.

« Le président Touadera m’avait fait l’estime honneur de me confier la charge du Ministère des Finances et du Budget. Poste que j’ai occupé pendant 5 ans. Vous avez suivi les différentes reformes qui ont eu lieu dans ce département sous sa clairvoyance. Ce qui a d’ailleurs permis la plus grande mobilisation des ressources et la mise en confiance de nos partenaires traditionnels. Vous vous souviendrez du taux de croissance moyen de 5% que nous avons enregistré durant les 5 ans. Le chiffre le plus élevé enregistré depuis les indépendances, ainsi que les 11 revues du FMI passées avec brio…Je remercie le président pour sa confiance qui m’a permis de réaliser avec succès ma mission. »

Si pour HMD, son passage aux « Finances » fut couronné de succès, ces arguments suffiront-ils à convaincre les centrafricains pour conquérir le «Fauteuil» ?

Certainement, les prochains mois nous en diront plus. En attendant, l’agenda politique se poursuit…

Les élections locales

Galvanisé par sa rentrée politique, UNIR vise le prochain scrutin prévu en octobre 2024.

Selon certains militants très engagés, le parti mènerait sur le terrain une politique de proximité. L’objectif : augmenter le nombre des adhésions et préparer les élections municipales.

Frédéric Mbomba, un fidèle du président de UNIR, dévoile l’audience du parti dans le pays.

«Crée en juin 2023, ce nouveau parti compte déjà plus de 30 000 adhérents» a-t-il déclaré sur compte Facebeook le 26 novembre.

Nul besoin d’être devin pour réaliser qu’après les élections locales, l’une des prochaines cibles sera les élections législatives 2025.

Une stratégie bien huilée avec un objectif bien fixé.

Peser d’un poids considérable à l’Assemblée Nationale afin de devenir une des principales forces politiques en RCA.

Un ancien collaborateur de Dondra au FAGACE se souvient d’un stratège, un homme déterminé à obtenir gain de cause.

« Henri est un fin calculateur. Si vous le sous-estimez, alors vous tombez dans son piège. Il sait comment se faire aimer des gens qui l’entourent. Il faut ne surtout pas le sous estimer. Quand il a un objectif, il est obstiné à l’atteindre. Mais parfois, cela joue aussi en sa défaveur. »

Une observation qui semble avoir été bien prise en compte par nombre de ses adversaires politiques.

Au lendemain de son intronisation à la tête de son parti, beaucoup sont ceux qui commencent à aiguiser leurs machettes.

Certains préparent les chiens. D’autres chargent leurs fusils. Des armes à plusieurs coups.

Réussir à arracher le « fauteuil » se fera donc certainement au prix de plusieurs «assassinats politiques».

Un cadre influent du MCU, très proche du président centrafricain, confie qu’il fera barrière à tout prix.

«Tant que je serais vivant, Dondra ne pourra jamais devenir président dans ce pays. Pour y arriver, il faudra qu’il marche sur mon corps.»

Face à face inévitable

Si aujourd’hui, il se présente comme n’étant dans aucune compétition avec son ancienne famille politique, cela ne risque pas de durer longtemps.

Pour accéder au pouvoir, il faudra bien à un moment donné, croiser le fer avec ceux qui le détiennent aujourd’hui. Sera t-il de taille pour la bataille ?

En attendant cette étape fatidique, Henri Marie Dondra et sa formation comptent bien peser sur l’échiquier politique centrafricain.

Pour cela, l’ancien PM peut compter sur une équipe dévouée à son ascension politique. Des fidèles qui l’ont suivi du Ministère des Finances à la Primature, jusque dans sa chute et sa traversée du désert.

Il y a aussi des dissidents et déçus de certains partis, tels que le RDC et le MCU, qui pourraient bien venir gonfler les rangs de UNIR.

Néanmoins, l’agenda de la conquête du «Fauteuil» par HMD, reste sous la menace de certains de ses anciens «frères unis» qui voient en lui un obstacle à la continuité de leur régime, et n’hésiteront pas à tout mettre en œuvre pour faire échouer son initiative.

Alors qu’une nouvelle constitution en Centrafrique a fait sauter la limitation des mandats présidentiels, et permet à l’actuel chef de l’Etat de se représenter en 2025, Henri Marie Dondra se met en orbite pour le fauteuil présidentiel.

Présentera-il sa candidature face à Touadera si ce dernier décidait de rempiler pour un autre mandat ? Un scénario qui n’est pas exclu par les cadres du bureau politique de UNIR, convaincus d’avoir le « ticket gagnant »

Selon les témoignages recueillis auprès de plusieurs diplomates occidentaux et africains en poste à Bangui, l’ancien Premier ministre «bénéficie d’un capital confiance évident de la part des bailleurs de fonds internationaux».

Cependant, si la confiance de la communauté internationale lui serait acquise, une question déterminante se pose.

Saura t-il gagner celle de ses compatriotes ?

Pour Bename Gildas de Carême, Secrétaire Général de UNIR, la mission n’est pas impossible. Il est confiant en l’avenir :

« Aujourd’hui, UNIR est inscrit dans un élan irréversible…un rendez vous avec le peuple et l’histoire. »

Bename Carême de Gildas

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