Entre le Tchad et la RCA, la tension monte

Attaques armées, rebelles tchadiens sur le sol centrafricain, déclarations offensives…Entre le Tchad et la République centrafricaine (RCA), la tension est montée d’un cran ces dernières semaines.

Entre le 14 et le 15 avril 2023, une attaque au Logone Oriental au Tchad fait 20 morts.

Le ministre des armées du Tchad attribue les faits à des rebelles tchadiens venus de la RCA.

Dans une déclaration, il menace de faire monter ses forces sur Bangui en cas d’une prochaine attaque.

« J’ai instruit toutes les forces présentes. Prochainement, si quelqu’un tue un citoyen ici, même s’il fuit jusqu’à Bangui, nous irons le trouver jusqu’à Bangui. »

Des propos qui ont interpellés l’attention de la société civile et des élus de la Nation en RCA.

Un député de l’opposition confie :

« Le ministre tchadien a parlé militairement. A nous de faire un décryptage diplomatique de ses propos. Ils sont très graves. »

Pour un leader d’opinion de la société civile en RCA, les propos du ministre doivent être pris avec beaucoup de sérieux.

Il qualifie la déclaration du ministre de « menace voilée » au pouvoir centrafricain.

Bangui tente de calmer le jeu

Le 27 avril 2023, la Ministre des Affaires étrangères, Sylvie Baipo Temon, publie un communiqué révélant qu’un groupe armé tchadien a demandé aux autorités centrafricaines son installation dans la préfecture de la Vakaga.

« Le groupe armé sollicite l’autorisation du Préfet de la Vakaga pour son installation dans la localité…Le Gouvernement ne peut pas accepter que le territoire centrafricain serve de base arrière à toute initiative de déstabilisation d’un pays voisin, frère et ami. »

Une réaction qui intervient assez tard selon plusieurs observateurs. Un officiel tchadien explique :

« La correspondance attribuée au groupe armé tchadien est signée du 19 avril 2023. La ministre donne la position du gouvernement le 26 Avril 2023. Pourquoi avoir attendu 7 jours avant de se prononcer sur une situation aussi grave ? C’est assez intriguant. »

Selon un ancien premier ministre centrafricain, leader d’opposition au sein du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC),

le gouvernement n’est pas crédible à travers ce communiqué.

« Personne ne croit la ministre. Depuis quand un groupe rebelle demande l’autorisation pour s’installer quelque part. Les rebelles ne demandent pas, ils prennent c’est tout. Et pourquoi attendre aussi longtemps avant de réagir ? »

Interrogé sur le sujet, un député  de la majorité au parlement centrafricain considère qu’une interpellation du gouvernement s’impose.

« Le ministre tchadien de la défense a eu des mots forts. Laisser entendre que l’armée tchadienne pourrait se rendre jusqu’à Bangui, ce n’est pas à prendre à la légère. Le gouvernement doit répondre de cela, et expliquer devant les élus de la nation ce qui se passe exactement avec le Tchad. »

La société civile monte au créneau

Le Front Républicain, une organisation de soutien au pouvoir, affirme que le Tchad cherche à déstabiliser la RCA.

« Le Front Républicain condamne l’offre du Territoire tchadien et de ses bases militaires à l’armée française aux fins de machiner un plan de déstabilisation de la République centrafricaine… »

Selon un membre du Groupe de Travail de la Société Civile (GTSC),

les autorités tchadiennes sont “extrêmement mécontentes de la présence des rebelles tchadiens présents sur le sol centrafricain.”

D’après un rapport de la CIA qui a fuité dans la presse américaine,

ces rebelles seraient formés et entretenus par les paramilitaires de la société Wagner en RCA.

Une situation déconcertante pour Ndjamena qui souhaiterait voir ces groupes armés éloignés de ses frontières.

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