En mai 2023, l’Ambassadeur de la République Centrafricaine (RCA) à Moscou, annonçait que son pays était prêt à accueillir une base militaire Russe de 5000 à 10 000 hommes. Une annonce reprise par les médias du monde entier, et qui va animer le débat international sur plusieurs mois. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Et ladite base, risque bien de ne jamais voir le jour. Explications.
« Pas d’intérêts durables »
Si des discussions avaient été entamées entre Bangui et Moscou à ce sujet, « elles se sont arrêtées net avec la mort de Evgueni Prigojine« , rapporte un proche conseiller du président centrafricain, Faustin Archange Touadera.
« Les échanges n’ont jamais été très poussés..Nous avions émis l’idée en question, et la partie Russe a été réceptive, mais sans plus. Aujourd’hui, tout est au point mort. »
C’est un secret de polichinelle que Moscou veut asseoir son influence en Afrique certes, mais une base militaire en RCA est loin de faire partie de ses priorités géostratégiques.
Selon un diplomate Russe en poste à Paris, son pays n’aurait pas d’intérêts durables dans une telle initiative.
« Nous sommes déjà actifs dans la formation de l’armée centrafricaine…C’est pour qu’au final elle puisse gérer toute seule la défense nationale…On ne peut pas former l’armée, et ensuite, installer notre propre base militaire. Quel intérêt aurions nous à le faire ? »
Des propos censés, d’autant plus qu’une telle intiative ne se ferait pas sans casser la tirelire.
Une logistique lourde et coûteuse
Initialement, Il a été fait mention de 5000 à 10 000 hommes pour ce potentiel projet de base militaire qui impliquerait une grande logistique.
Installation, armement, munitions, véhicules de guerre, alimentation, médicaments, rotations des hommes, acheminement régulier des besoins de la base…les moyens déboursés seraient conséquents.
Lors d’échanges sur la question avec un conseiller militaire du président Touadera, ce dernier explique :
« 10 000 hommes, Vous savez toute la logistique qu’il faut pour déployer autant d’éléments ? Et combien d’argent ça coute d’entretenir des milliers de soldats dans une base à l’étranger ? Ça se compte en plusieurs millions d’Euros par mois. C’est beaucoup ! Qui va payer pour cela ? «
Des moyens conséquents que les Russes n’envisageraient pas d’injecter dans une telle opération en RCA, selon notre même source…Surtout, dans un contexte où la facture du conflit en Ukraine est déjà bien salée.
« Il n’y aura pas de base militaire Russe dans le pays…Nous, tout comme eux, n’avons pas grand chose à y gagner dans le contexte mondial actuel » explique un haut diplomate centrafricain, spécialiste des questions sur la Russie.
Selon le diplomate, aussi stratégique que la RCA peut paraître aux yeux de Moscou, en termes d’intérêts russes, « elle est bien loin de ceux qui sont en jeu en Syrie, ou encore, en Ukraine ».
Risque de sevrage financier
Devenu un terrain d’afrontement de superpuissances mondiales, la Centrafrique aurait plus à perdre qu’à gagner avec l’ouverture d’une base militaire Russe sur son territoire, selon un expert des questions financements de la Banque mondiale vers les États africains.
Sachant que, les États-Unis et l’Europe, en conflit ouvert avec Vladimir Poutine, contrôlent les bailleurs de fonds tels que, le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale, et l’Union Européenne (UE), principaux partenaires financiers de la RCA,
les financements internationaux vers le pays pourraient se voir drastiquement réduits si une base militaire Russe devrait y voir le jour. Un risque que les autorités Centrafricaines ne seraient pas prêtes à prendre, d’après certains observateurs politiques.
« Une base militaire aux frais de qui ? Et en place pour combien de temps ? »
De Bangui à Moscou, l’idée est donc loin de faire l’unanimité.
À en croire les témoignages de plusieurs collaborateurs du président centrafricain, on pourrait même affirmer qu’aujoud’hui, elle n’est plus d’actualité.
« Pas de base militaire Russe »
Même si certains officiels centrafricains alimentent l’idée qu’une base militaire Russe sera construite en RCA, la réalité du terrain semble annoncé tout le contraire.
La situation socio-politique interne, le réchauffement dans les relations bilatérales avec l’occident, l’économie nationale en difficulté, le rapprochement avec la France…sont tant de facteurs qui viennent rebattre les cartes du jeu.
À l’instar des Libyens du temps d’Ange Félix Patassé, les Sud-africians du temps de Francois Bozizé, les Russes du temps de, Faustin Archange Touadera, semblent être appelés à demeurer une force mobile, qui tôt ou tard, devra lever l’ancre.
Moscou le sait. Bangui, aussi !
Dans un long entretien accordé à Centrafrica, une des personnalités les plus influentes du régime de Bangui, fera cette confidence.
« Il n’y aura pas de base militaire Russe en Centrafrique. »