Le 24 mai 2024, le président de la Republique centrafricaine, Faustin Archange Touadera, recevait en audience Serge Singha, président de la Commission Lutte contre la corruption auprès de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance.
Une entrevue initialement connue de peu de personnes, et dont la nouvelle a suscité un vent de panique dans certains milieux de l’administration publique.
Interrogé sur cette rencontre, un proche conseiller du président centrafricain nous confie :
« Le Chef de l’Etat s’est longuement entretenu avec le président de la Commission anti-corruption de la Haute Autorité chargé de la Bonne Gouvernance…Quelque chose se prépare…»
Un « remake » du passé ?
En 2008, le Premier ministre, Faustin Archange Touadera, lançait une campagne pour assainir les régies financières gangrénées par la corruption.
Il confie la tache à un de ses plus fidèles lieutenants, Maxime Balalou, son chargé de mission à la mobilisation des recettes.
Une équipe de spécialistes anti-corruption est mise à contribution, appuyée par le logiciel informatique Systemif, le système d’information fiscale conçu par Serge Singha.
Résultats des courses ? De multiples cas de corruption sont décelés…Plusieurs cadres et agents des impôts finissent derrière les barreaux.
Selon un député et membre influent du Mouvement Cœurs Unis (MCU), Touadera s’apprêterait à frapper de nouveau comme en 2008, d’où cet entretien avec le président de la commission anticorruption. Il explique :
« Le président a déjà travaillé avec Singha dans le cadre de la lutte contre la fraude fiscale dans le passé. Il lui fait confiance. Il sait qu’il peut compter sur lui pour de futures actions. »
Systemif
Selon une source du service des impôts, le système informatique d’information fiscale subsiste encore malgré plusieurs tentatives pour son remplacement.
Sous le Ministre des Finances, Henri Marie Dondra, l’État avait déboursé plus d’un (1) milliard de FCFA pour l’acquisition d’un nouveau système de contrôle fiscal fournit par une société étrangère. Le logiciel s’avèrera inopérant.
L’administration fiscale fera donc recours à son logiciel initial, Systemif, réputé « moins onéreux et plus efficace » selon plusieurs hauts cadres du Ministère des Finances.
Les informations recueillies par Centrafrica, font état que certaines régies financières publiques seraient dores et déjà secouées à l’idée d’une potentielle campagne anti-fraude et corruption.
D’après un cadre de l’Inspection Générale d’Etat (IGE), nombreux sont les fonctionnaires qui pourraient en payer le prix fort. Il se souvient :
« En 2008, Singha faisait partie de cette campagne de lutte contre la corruption initiée par Touadera lorsqu’il était premier ministre. Cette opération avait laissé beaucoup de fonctionnaires sur le carreau. »
Joint par téléphone à ce sujet, Serge Singha, s’est abstenu de tous commentaires sur sa rencontre avec le Chef de l’Etat.
Cependant, un membre du cabinet présidentiel affirme que le « renforcement du système d’information fiscal » était bel et bien au menu des échanges entre les deux hommes.
Réélu pour un second mandat à la tête de la République centrafricaine, Faustin Archange Touadera, déclarait lors de son discours d’investiture en mars 2021
« Je veux faire de la lutte contre la corruption la colonne vertébrale de mon second mandat. »
Ces propos seront-il suivis d’une action concrète ou resteront-ils lettre morte ?