« Je me battrai jusqu’au prix de ma vie pour relever mon pays » – Beninga

Figure emblématique de la société civile en Centrafrique, Crescent Beninga, Porte-parole du Groupe de Travail de la Société Civile (GTSC), défraye la chronique avec la publication le 1er octobre 2024, d’un rapport intitulé « La Mafia dans le secteur pétrolier en RCA », pointant du doigt la mal gouvernance dudit secteur. Dossier accablant pour le Ministère du Développement de l’Énergie et des Ressources Hydrauliques, dirigé par Bertand Arthur Piri, un proche du Président Faustin Archange Touadera. Dans une interview exclusive accordée à Centrafrica, Crescent Beninga, revient sur ce rapport, sa motivation, ses détracteurs, et ses prochaines actions…

Depuis la publication de votre rapport intitulé « La Mafia dans le secteur pétrolier en RCA » plusieurs personnalités, proches du pouvoir, réagissent et dénoncent un document diffamatoire. Votre réaction ?

Je n’ai vu qu’une seule personne qui s’agite jusque-là en mobilisant des jeunes insulteurs et certains « professionnels des médias ». Celui qui parle de la diffamation se doit d’apporter des preuves contraires. Je suis disposé à débattre des résultats de ce rapport et j’apporterai,  à l’occasion, d’autres éléments probants qui ne souffriront d’aucune contestation. Toutefois, je refuse tout débat en dessous de la ceinture, mon éducation ne m’y autorise pas.

Vous parlez d’une personne en particulier. À qui faites-vous allusion exactement ?

Le Ministre du Développement de l’Énergie.

Le mot « mafia » que vous utilisez pour définir votre rapport n’est-il pas excessif dans ce cas de figure ? Pourquoi un tel choix sémantique ?

Je le trouve plutôt faible. Ce qui ce se passe est un crime imprescriptible. Tenez, le peuple centrafricain souffre, il vit au jour le jour pendant que certains gestionnaires de l’État prennent l’économie du pays en otage et veulent qu’on les prenne pour des modèles.  C’est inadmissible !

Vous dénoncez une mafia certes…Mais dont qui en serait le Parrain ?  L’actuel Ministre de l’Énergie ?

Le Rapport est clair à ce sujet.

Le Ministère du Développement de l’Énergie et des Ressources Hydrauliques dénonce une pratique non éthique de votre rapport. On vous reproche de ne pas avoir donné la parole au Ministère au cours de votre enquête. Ce qui entache, selon eux, la crédibilité de votre rapport. Est-ce vrai ? Pourquoi avoir fait le choix de ne pas les interroger ?

À en juger par les documents administratifs qui sortent de son département, je n’ai pas de cours de méthodologie ou de méthode rédactionnelle à recevoir de lui. Qui est-ce qui lui dit que son département n’était pas associé à l’enquête ? Relisez à la page 9 et les notes méthodologiques du rapport.

N’êtes-vous pas en train de vous faire des ennemis, et pas des moindres connaissant la position privilégié du Ministre Piri au sein du Pouvoir ? Ne craignez-vous pas des représailles ? 

Je ne fais jamais un débat de personne. La personne du ministre ne m’intéresse pas. Je n’ai pas peur de mourir pour la vérité. Tenez, si je dois mourir en martyr pour mon pays, que seule la volonté de Dieu, le Dieu des orphelins que je prie soit faite. J’ose espérer que mon sang participera à la libération de ce pays, de ce peuple qui vit dans l’agonie.

Votre rapport est accablant, c’est du moins ce que l’on puisse dire. Pointant du doigt d’innombrables cas d’irrégularités, illégalités, corruption, violation, magouille et autres…Quel est l’objectif recherché à travers votre démarche ?

Ce rapport n’est que la partie visible de l’iceberg. D’ailleurs, un autre suivra dans les prochains jours avec des éléments nouveaux et des preuves. L’objectif recherché est simple. Je suis de la société civile, n’en déplaise aux insulteurs professionnels de la République. Je fais simplement ce qu’on appelle en gouvernance le contrôle citoyen de l’action publique.  

D’ailleurs je dois vous annoncer que nous menons en ce moment trois enquêtes dont les résultats seront publiés. La situation de l’ENERCA (societe de distribution d’électricité), et la gestion de nos hôpitaux en font partie. 

Je n’ai pas deux pays, je me battrai jusqu’au prix de ma vie pour le relèvement de ce pays et le bonheur de ce peuple. 

Je saisis l’opportunité que vous m’offrez pour interpeller ces jeunes insulteurs qui pensent avoir le monopole d’injures et d’insultes. Posez-vous la question qui suit : pourquoi ceux qui vous mobilisent ne sollicitent pas leurs propres enfants ? Pourquoi refusent-ils de vous donner un emploi décent alors qu’ils ont les possibilités de le faire? Ayez de la mémoire et regardez dans le rétroviseur.

Plusieurs personnalités pro-pouvoir disent que vous êtes financé et orienté par l’opposition en RCA. Monsieur Beninga, sans langues de bois, dites-le nous : êtes-vous un opposant au régime de Faustin Archange Touadera ?

Je m’oppose à la mal gouvernance, si ça fait de moi un opposant au régime du Président Touadera, je n’ai pas à faire de ça un sujet de débat.  Quand tu es critique,  au mieux on t’associe à l’opposition démocratique, et au pire à la CPC, aux terroristes.

Je suis habitué à ces échappatoires dont l’objectif est de fuir les débats de fond. Je me définis, il n’appartient pas à quidam qui qu’il soit de le faire à ma place.

Monsieur Crescent Beninga, Merci.

C’est moi qui vous remercie !

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