Janvier, le mois des longs couteaux à l’Assemblée Nationale

Assemblée Nationale centrafricaine

La lame cinglante. Les côtés bien aiguisés et tranchants. Ils sont longs, très longs.

En ce début d’année 2023, les couteaux des parlementaires centrafricains refont surface.

Et pour cause ?

Un évènement particulier pointe à l’horizon.

Le renouvellement du bureau de l’Assemblée Nationale (AN) prévu début mars.

Une échéance électorale pour laquelle, les élus de la nation sont prêts à faire couler le sang politique de leur adversaire, et ce, sans aucune pitié.

Une dizaine de postes en jeu.

Des fauteuils aussi prestigieux qu’avantageux pour le bénéficiaire et son groupe parlementaire.

Vice-présidents, questeurs, secrétaires parlementaires, attachés…

Depuis l’élection de ce parlement en 2021,

les membres du bureau n’ont pas beaucoup changé. Cependant, cette année nous promet quelques surprises. 

Un partage du gâteau

Élu au perchoir pour un mandat de 5 ans,

le Président de l’Assemblée Nationale (PAN) n’est pas concerné par ce scrutin.

Le combat se déroulera donc dans d’autres sphères.

4 postes de vice-présidents partagés entre majorité au pouvoir et opposition.

Tout d’abord, Evariste Ngamana, actuel  1er vice-président  de l’Assemblée Nationale (1er VPAN), court en tête de peloton depuis 2 ans déjà.

Selon un proche de l’élu « il sera certainement candidat à sa propre succession. »

Idem, pour le député Dillah du parti d’opposition MLPC, au poste de 2ème vice-président de l’institution.

Ensuite, le siège de 3ème VPAN est occupé depuis 1 an par l’opposant Nalké Dorogo du parti URCA.

Selon nos informations, il serait fort probable qu’il claque la porte du parti dans les prochains mois pour divergence de vision.

Enfin, le fauteuil de 4ème VPAN occupé par le député Dieudon Djémé du parti MOUNI, membre de la majorité et qui compte 14 députés à l’AN.

Une bataille de pouvoir

« Nous allons faire tomber Ngamana. Il n’est pas indispensable. On a beaucoup de trucs sur lui. »

Tels sont les propos rapportés à Centrafrica par un député de l’opposition.

D’après le parlementaire, des alliances entre élus d’opposition et mouvance présidentielle se nouent pour empêcher le 1er VPAN de briguer un 3ème mandat.

Une initiative perdue d’avance selon un député MCU, qui assure que la donne restera inchangée.

« Nous connaissons les réseaux qui s’activent pour lui faire barrage. Et on sait bien qui est aux manettes…c’est un secret de polichinelle. Pour faire tomber Ngamana, il faudrait avoir le soutien du Chef de l’Etat. Et pour le moment, ils ne l’ont pas…donc c’est peine perdue. Ils perdent leur temps. »

À en croire notre source, certains candidats bénéficieraient donc d’une sorte de parapluie.

Tandis que d’autres, risqueraient fort bien de tomber sous les coups de couteaux de leurs adversaires.

Sur la sellette ?

Selon plusieurs sources concordantes au sein du parlement, la réélection de certains membres de l’actuel bureau serait compromise.

Le député Nalké par exemple, pourrait se voir bousculer par sa propre écurie.

D’après un membre du bureau politique URCA, leur parti pourrait proposer un autre candidat pour le poste de 3ème VPAN.

Dans un tel cas de figure, Nalké arrivera-t-il à garder son fauteuil ? Ou encore, se verra-t-il forcé de sortir son couteau pour une rupture définitive avec son camp ?

Autre député dans le viseur, le 4ème VPAN Dieudon Djémé.

Cadre du parti MOUNI, grand allié de la majorité, il pourrait lui aussi avoir du fil à retordre pour sa réélection.

Plusieurs locataires de la « maison du peuple » laissent entendre qu’un autre candidat issu de la majorité pourrait se présenter contre lui.

Ce dernier bénéficierait d’appui non négligeable.

Interrogé sur la question, un cadre du parti y voit une « opération de débranchement » avec plusieurs mains cachées à la manœuvre.

« Nous avons appris qu’il y a des choses qui se passent pour déstabiliser notre collègue. Certains alliés sont même pointés du doigt. Si c’est vrai, alors le temps révélera certainement lesquels. »

Selon un député de l’opposition, une telle opération n’est pas gagnée d’avance.

« Djémé n’est pas un morceau facile. On ne peut pas se débarrasser de lui juste comme ça. De plus, il est apprécié par les collègues et son parti pèse sur la balance politique. »

Maintenant, direction la questure.

Tandis que l’indéboulonnable député Makango devrait sans surprise conserver le poste de 1er questeur,

l’actuel 2ème questeur issu du parti Rassemblement Démocratique Centrafricain (RDC),

pourrait se voir « remplacer par un des siens » selon des cadres de son parti.

Tout porte à croire qu’au RDC aussi, les couteaux sont sortis.

Certainement, une résultante de la crise intestine récente, qui a fortement divisé la formation de l’ancien président feu Kolingba.

Concernant les postes de secrétaires et attachés parlementaires, 2 à 3 nouvelles têtes devraient y faire leur entrée.

Selon plusieurs observateurs politiques,

L’enjeu majeur de ce prochain renouvellement du bureau de l’AN est le référendum constitutionnel qui doit déboucher sur une nouvelle constitution pour la RCA.

« Le MCU fera tout pour conserver les postes clés au sein du bureau. C’est pour mieux asseoir sa politique et le déroulement de la campagne du référendum. On appelle ça préparer le terrain. Et à ce jour, je ne vois pas ce qui peut les arrêter. » confie une diplomate de la CEEAC en visite à Bangui.

Entre alliances, trahisons et complots…le mois des longs couteaux s’annonce « sanglant » à l’Assemblée Nationale centrafricaine.

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